De St Ferréol à Ste Anne :
le calvaire d’une croix

En 2009 la chute d’un arbre a endommagé la croix historique qui se trouvait devant la chapelle de St Ferréol.
Un choix malheureux a été fait alors : celui de ne pas la réparer mais de la remplacer par une œuvre moderne. 
Depuis, ce précieux témoin de l’histoire lorguaise gisait en morceaux, abandonné dans la cour du presbytère.
Début 2018, 9 ans après donc, le choix a enfin été fait de réparer la croix de Saint-Ferréol.
On se disait : mieux vaut tard que jamais ! On se réjouissait que ce site si cher au cœur des Lorguais, retrouve bientôt sa vraie croix, celle qui fut installée par les Capucins en 1857 dans le prolongement du chemin de croix qu’ils ont édifié.
On était heureux  que ce monument qui porte sur lui plusieurs signes de cet ordre religieux et qui manquait à l’ensemble depuis trop longtemps soit replacé dans son cadre historique. 
L’harmonie du lieu, mise à mal par la présence d’une œuvre inadaptée, allait enfin être restaurée.

Quant à la croix moderne, on pourrait sans problème lui donner un emplacement plus conforme à son style, un lieu qui la mettrait elle aussi en valeur et qui ne la ferait plus percevoir comme une intruse.

Et bien non, ce n’était pas cela qui était prévu, au lieu de réparer la première erreur on allait en ajouter une deuxième : on voulait installer la croix de St Ferréol ailleurs, dans un cadre nouveau où elle aussi ne serait pas à sa place. On parlait de la mettre à l’entrée de la ville devant la chapelle Ste-Anne !
Ce choix incohérent était difficilement compréhensible.
Pourtant, avec un peu de bon sens, un soupçon de connaissance et de respect du patrimoine lorguais, tout pouvait rentrer dans l’ordre et tout le monde en aurait été ravi. Il suffisait de rendre à César ce qui est à César et à Saint-Ferréol ce qui est  à Saint-Ferréol.

En mars nous alertions donc Monsieur le Maire sur l ’erreur que représenterait l’installation de cette croix ailleurs qu’à son emplacement d’origine. Il nous répondait alors :

22 mars 2018
« Monsieur Marcel,
Merci bien de m’alerter et merci de vos conseils.
Pour la préservation du patrimoine architectural et historique je m’appuie sur la DRAC et plus localement sur les amis du vieux Lorgues et de Saint-Ferréol (AVLSF).
 …/…
 Pour ce qui concerne la croix de Saint-Ferréol elle a été remplacée selon une version moderne au goût des AVLSF du moment. Monsieur le curé de l’époque a crié au sacrilège  !  Elle a été coulée dans le bronze massif par un artiste local, son coût : 20 000 €, il y a bientôt 10 ans. Je ne l’ai pas choisie, mais je dois reconnaître qu’elle est une sculpture qui me plait.
La croix d’origine nous allons la restaurer et la positionner sur le site de Saint-Ferréol, mais il est vrai que les avis sont partagés.

Je vous remercie à nouveau Monsieur Marcel de votre engagement et de votre aide. Je ne manquerai pas de vous tenir informé des suites données.

Bien cordialement,
Claude ALEMAGNA »

Nous n’eûmes plus aucune information par la suite, mais fort de cet engagement nous pensions logiquement que le message était bien passé et que le site de St Ferréol retrouverait bientôt son unité.

Il n ’en a rien été, nous découvrons aujourd’hui que la croix de Saint-Ferréol vient d’être placée devant la chapelle St Anne !

 

La croix de Saint Ferréol

En 1852 des religieux Capucins de Gênes en Italie vinrent s’installer à St Ferréol, remplacés en 1855 par des Capucins d’Aix-en-Provence.
En 1865 ces religieux aménagèrent la montée dite du « raccourci » et y installèrent le chemin de croix à bas-reliefs qui y figure toujours.
Ce chemin de croix se termine par un calvaire installé sur l’esplanade de la chapelle en 1857.
Jusqu’en 2009 donc, la croix d’origine se trouvait sur son socle. A son bas, une plaque portait l’inscription suivante : « 40 jours d’indulgence pour tout fidèle qui se découvrira devant cette croix ou prononcera ces paroles : O Crux ave spes unica. Jordany Évêque de Fréjus 1867 » ( Je te salue , ô Croix unique espoir).
Cette croix est un élément indissociable de l’ensemble chemin de croix-calvaire-chapelle. Un ouvrage capucin qui reprend les symboles de l’ordre.
Dans ses décorations se trouve l’emblème des Capucins : deux bras, celui du Christ et celui de saint François, s’entrecroisant sur une croix. Ce sont les « conformités », la signature graphique du franciscanisme. Leur devise « Absit nihi gloriani nisi in Cruce » ( que jamais je ne me glorifie en autre chose qu’en la Croix) entoure ce visuel.
On retrouve ce symbole sur la première et la dernière station du chemin de croix et en décoration des croisés d’ogives à l’intérieur de la chapelle.

Chemin de croix

Croix

 


Chapelle : croisée d'ogives

 

Espèrons qu’un jour des édiles plus éclairés ou mieux conseillés auront à cœur de vraiment restaurer et compléter cette croix et de la replacer là où elle aurait dû toujours rester.
Car aujourd’hui la pauvre croix décharnée posée à même le sol dans un coin du parvis de sainte Anne n’est plus que l'ombre du fier calvaire qui ornait l’arrivée de St-Ferréol.
Comme on peut l’imaginer, neuf ans d’abandon ne l’ont pas arrangée et l’artisan chargé de recoller les morceaux retrouvés dans la cour du presbytère a fait de son mieux mais les manques sont nombreux. A commencer par le principal : le Christ, qui a disparu et dont l’absence est criante.

Une restauration trop tardive, incomplète et  une installation faite en dépit du bon sens : d’après vous, quel est le vrai fléau du patrimoine : l’outrage du temps ou l’inculture des hommes ?

Alain Marcel